Renée Martel 

 

 

 

La gitane de cristal...

 

 

La populaire chanteuse
vient d'ajouter un nouveau disque,
L'Héritage, à son palmarès.
Sa très longue carrière connaît donc
un second souffle qui lui permet de
dépasser toutes ses limites !

Par Paul Toutant

 

 

Renée Martel - L'Héritage

eu de chanteuses au Québec ont accumulé 56 ans de carrière active ! À 61 ans, Renée Martel, la grande dame du country, vit intensément un regain de popularité après une longue éclipse due à la maladie. Son plus récent disque, L’Héritage, a été qualifié par un critique de «meilleur album paru au Québec cette année». Rien de moins !

Sur scène à 5 ans
Renée Martel a 5 sans lorsque son père, le légendaire Marcel Martel, la fait monter sur scène. En 1952, le papa de Renée est une immense vedette au Québec; il se produit en tournée dans toutes les régions de la province, de même qu’en Ontario et aux États-Unis. Son spectacle, qui rappelle ceux de Jean Grimaldi, dure deux heures : un magicien, une chanteuse, un artiste de variétés et Martel lui-même se succèdent dans un tourbillon de musique western.  «C’était vraiment primitif comme organisation, se souvient Renée Martel. Mon père avait construit lui-même ses haut-parleurs et, en guise d’éclairage, il n’y avait souvent qu’une petite ampoule au-dessus des têtes !»

Renée a voulu rendre hommage à cette époque dans sa chanson dans sa chanson Les Amis de l’Ouest : «C’était au temps où rien n’était gagné… C’était le temps, le temps des pionniers ! De village en village, de clocher en clocher… Le temps des shows à 10 cents l’entrée…»
Au début, la petite Renée ne chante pas : elle danse la claquette. Avec sa jolie robe et ses cheveux en boudins, elle devient la Shirley Temple du Québec. Deux ans plus tard, elle a trois chansons à son répertoire : Un coin du ciel – l’immense succès de son père -, Bonbons caramels et Le p’tit cordonnier qui voulait aller danser. Les applaudissements la grisent. «J’ai conservé mon petit costume, ajoute-t-elle fièrement. Il a même été exposé au Musée de la civilisation à Québec !»

L’enfant du diable
À 6 ans, Renée participe à la plus grande tournée de sa jeune existence : 114 jours sans revenir à la maison ! Une enseignante la suit partout; la fillette est bien entourée. Son père et sa mère s’occupent d’elle et la font chanter en première partie pour qu’elle puisse se coucher tôt.

Dans les années 50, Marcel Martel est une immense vedette au Québec«C’était fantastique : nous vivions une vie de gitans !, s’exclame-t-elle. Pas d’horaire fixes, sauf pour le spectacle. Nous couchions chez l’habitant, développant de solides amitié.» Renée a d’ailleurs gardé ses habitudes de gitane. «Je ne mange que lorsque j’ai faim, pas question de toujours souper à la même heure, raconte-t-elle. Si j’ai envie de jouer au golf à l’heure du dîner, j’y vais. Je me couche quand je suis fatiguée. J’ai horreur de la routine.»

Les parents de Renée Martel croient tout de même qu’un peu de stabilité est nécessaire dans la vie : à 10 ans, elle entre pensionnaire au couvent. Pendant un an, fini la vie d’artiste ! Commence alors une existence d’enfer… «Les religieuses ne connaissaient pas le métier de mon père, mais les autres élèves m’ont vite reconnue. Je suis alors devenue l’enfant du diable !, se souvient-elle. Le métier d’artiste était alors considéré comme une voie de perdition : les religieuses disaient devant tout le monde que mes parents étaient des suppôts de Satan. C’est tout un choc pour une jeune enfant qui adore son père et sa mère !» Renée subit de constantes humiliations. «Je me suis mise à haïr les sœurs et tous ces gens pieux qui prônent la prétendue "charité chrétienne". J'ai perdu ma foi naïve et me suis éloignée à jamais de toute religion organisée…», dit-elle.

Aujourd'hui, Renée affirme avoir foi en Dieu, mais pas en ses messagers. «J'ai mes anges gardiens à qui je parle tous les jours: le bon Dieu, mon père et le père de mon fils, Jean-Guy Chapados, décédé l'été dernier. Quand Jean-Guy est mort, je vous jure que la cage a brassé: j'ai gardé une grande rage au fond de moi. Le père de mon fils, de qui j'étais séparée mais  qui était resté mon meilleur ami, ne méritait pas de mourir si jeune. J'ai engueulé Dieu et j'ai crié à l'injustice.»

Par ailleurs, Renée est encore une enfant lorsque son père développe une sérieuse maladie pulmonaire; les séjours à l'hôpital se succèdent. Après la tuberculose, on enlève un poumon et six côtes à Marcel Martel. Sur les conseils de ses médecins, il déménage avec sa famille à Los Angeles où le climat est sec. Pendant quatre ans, la famille Martel ne chante plus.

«Je vais à Londres»
Renée Martel - LiverpoolPuis la tribu s'installe au Massachusetts et reprend les tournées pour le public américain francophone. «J'avais perdu mon français et je chantais les grands succès de Brenda Lee, Patsy Cline et Connie Francis, raconte Renée. Le western francophone était très populaire auprès des Québécois émigrés aux États-Unis. Tout le monde adulait mon père ! Par contre, le milieu country anglophone nous ignorait complètement.» La famille Martel effectue également chaque année une tournée de deux mois au Québec. À Sherbrooke, la station de télé CHLT diffuse alors en direct deux émission de musique western par jour. «Un jour, se souvient Renée, on m'a demandé de remplacer une chanteuse malade. Je me suis fait connaître et, deux mois plus tard, mon père venait me rejoindre: on lui avait offert trois émissions par semaine.»

En 1967, en pleine Beatlemania, Renée chante ce qui deviendra un immense succès : Liverpool, suivi de Je vais à Londres. «Je croyais que le succès durerait six mois, s'étonne-t-elle. Ces chansons tournent encore à la radio, 40 ans plus tard !»

Élue Révélation de l'année en 1968, Renée Martel enchaîne tube après tube et devient la reine du palmarès. «À cette époque, nous chantions des paroles françaises sur les grands succès américains, poursuit-elle. Puis, mon père m'a appris à composer des textes, alors j'ai écrit moi-même les paroles de mes chansons. J'ai été la première à le faire, à part les chansonniers, bien sûr.»

Marquée au fer du country
Renée Martel a beau être devenue la grande star de la chanson populaire, son passé western la hante. Robert Charlebois lui écrit un succès : Cow Girl dorée. Puis arrive en 1972 le méga succès qui va propulser la chanteuse à des sommets inégalés : J'ai un amour Renée Martel - Cow Girl Doréequi ne veut pas mourir. Cette chanson est devenue son emblème, «mon hymne national», dit-elle en riant. Avec cette chanson plus folk que western, Renée est désormais étiquetée «chanteuse country». «J'ai mon héritage marqué au fer rouge sur le front, explique-t-elle. Je suis la fille d'un pionnier, je le serai toute ma vie et ça ne me dérange pas. Je n'ai pas honte du country; on y parle de valeurs qui me sont chères : la famille, la terre, l'amitié, la loyauté.»

Renée établit d'ailleurs une nette distinction entre le western et le country. «Le western en tant que tel n'existe pratiquement plus. C'était le style de mon père, aujourd'hui désuet : on enregistrait dans une cuisine, avec une petite guitare, des chansons tristes qui parlaient de cœurs brisés, de chevaux et de femmes infidèles… On appelait ça western parce que les premiers chanteurs venaient de l'ouest du Canada et des États-Unis. Le country est ce que les Américains appellent le folk. Tout le monde en fait au Québec, de Félix Leclers à Beau Dommage, en passant par Richard Desjardins et Gilles Vigneault.»

Renée s'insurge contre les lois non écrites qui régissent les stations de radio au Québec. «On fait tourner les disques de Francis Cabrel alors qu'on boycotte le mien, sauf à Radio-Canada où les gens sont ouverts d'esprit. On fait jouer Kaïn, les Trois Accords et leur Saskatchewaannn, mais on snobe les chansons écrites pour moi par Desjardins, Charlebois et Luc de Larochelière ! Pourquoi ?», s'emporte-t-elle.

Il est à souhaiter que les programmateurs de nos stations radiophoniques se ressaisissent ! Le disque L'Héritage est un bijou aux sonorités enveloppantes et aux thèmes étonnants, comme dans la chanson L'Humeur vagabonde : «Ceux que l'on croise deviennent poussière/Le temps d'une phrase dite à l'envers…» Renée Martel a déjà vendu plus de 30 000 exemplaires de son disque, malgré le silence radio presque total…

Qui elle est
On a beaucoup parlé dans les journaux des malheurs qui ont accablé Renée Martel. Elle hérite de la maladie pulmonaire de son père, perd la moitié d'un poumon, après avoir été victime d'accidents de ski et de voiture, suivis d'une longue dépression. Comble de malheur, à la suite de son opération au poumon, la chanteuse perd la voix et doit quitter la scène pendant neuf ans.

La tournée de Renée Martel la conduira à la Place des Arts de Montréal le 22 novembre et au Grand Théâtre de Québec le 12 décembreC'est en mars 2007 qu'elle effectue son retour triomphal. «Pendant deux ans, j'ai essayé de chanter une chanson complète sans y arriver. Je me cachais dans ma voiture et je poussais la note en toussant. Lorsqu'on a réduit ma médication, j'ai pu, à force d'efforts, en chanter toute une sans m'étouffer. Ce fut une révélation !«, raconte-t-elle.

Dans la salle du Vieux-Clocher de Magog, ce soir-là, le public est debout et crie son nom. En coulisse, Renée tremble de peur : «Et si je m'étouffe après une chanson ?» Le spectacle, une réussite, sera suivi d'une autre, puis d'un autre encore. «Je les fais tous comme si c'était le dernier, me dit-elle. Je donne toute mon âme sur la scène et j'essaie de ne pas penser aux 200 autres spectacles que je ferai jusqu'en 2010.» La tournée de Renée Martel la conduira à la Place des Arts de Montréal le 22 novembre et au Grand Théâtre de Québec le 12 décembre.

Dans sa chanson Qui je suis, Renée a voulu résumer son parcours. Devenue une femme mature, elle regarde la vie avec confiance et sérénité : «Je suis la force de ma vie / J'en suis la faiblesse aussi / Mais je suis moi, je fonce et je défonce, quelques fois je renonce / Mais je reste moi, rien ne pourra plus changer qui je suis…»

Cœur de cristal
«Aujourd'hui, je me sens libre; j'ai payé cette liberté très cher, mais elle est à moi et j'y tiens», dit-elle avec un sourire à faire fondre les glaciers.Renée a tout de même gardé une certaine fragilité au fond d'elle-même. «Je vis maintenant avec un délai dont, plus jeune, je n'avais pas conscience. Je crois qu'il me reste 20 ans de vie active et je vais en profiter au maximum», soutient-elle, le regard décidé.

Richard Desjardins a écrit pour elle Cœur de cristal, ce qui la définit bien. »J'ai réglé certaines rancunes que je traînais depuis plus de 20 ans; je me suis réconciliée avec des amis qui m'avaient fait du mal. J'ai découvert que le ressentiment est nocif pour la santé physique et mentale. Aujourd'hui, je règle tout problème immédiatement, sans entretenir de mauvais sentiments. À mon âge, il faut bien avoir appris quelque chose de la vie !», souligne-t-elle en riant.

Entourée de ses deux enfants et de son petit-fils Henri, Renée se dit comblée et sereine. «Ce qui m'arrive maintenant est tout à fait magique. Je dépasse toutes mes limites et je ne sais pas où ce train va me mener !», s'exclame-t-elle. Elle a notamment endisqué Un soir de scotch avec son cher ami Dan Bigras et a participé à un album de chanteuses pour venir en aide aux victimes du cancer du sein.

«Avec les années, me confie-t-elle, j'ai fait le tri dans mes amis, je n'ai conservé que ceux qui m'ont soutenue dans mes années noires. Je n'ai plus l'énergie d'entretenir l'amitié de 30 personnes, alors je garde les plus précieuses. Ma plus vieille amie, Claudette, est près de moi depuis 45 ans : on est allées fêter nos 40 ans d'amitié en Floride, on a rie comme des folles ! Aujourd'hui, je me sens libre; j'ai payé cette liberté très cher, mais elle est à moi et j'y tiens», conclut-elle avec un sourire à faire fondre les glaciers. Un sourire de belle gitane…

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C'était non premier test avec les règles CSS

D'après un tutoriel original de Caro

 

Martine Tremblay - Graficomaniac - 2008